Le Prince de la Cour d’Honneur – Le Prince de Hombourg, mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti

Découvrir Kleist, c’est découvrir un souffle, bien particulier semble-t-il. A ma grande honte, je dois avouer que mon seul contact avec le romantisme allemand, en tout cas pour ce qui est du théâtre, s’est limité au Don Carlos de Schiller lu il y a trois ans.

https://i0.wp.com/www.festival-avignon.com/public_data/diapo/spectacle/2014/3571/1404493489/thumb/140701_rdl_0364.jpg Lire la suite

« Quelqu’un est entré dans mon âme à cet instant » – Les Frères Karamazov, mise en scène d’Olivier Fenoy et Cécile Maudet

Oui, après deux ans, je reprends ma plume… Et, pour tout dire, les larmes aux yeux. J’ai rarement vu un tel spectacle. Peut-être jamais. Jamais, oui, peut-être bien (à l’exception sans doute de l’Ennemi du peuple d’Ostermeier, mais les enjeux dramaturgiques ne sont pas les mêmes).

Il y aurait tant à dire… Pardonnez-moi, le texte qui suit est bien pauvre. Il ne dit ni la richesse infinie de Dostoïevski, ni la réussite de ce spectacle.

Il ne payait pas de mine, ce dépliant qui m’est arrivé entre les mains par hasard. Et puis, quel culot ! S’attaquer au grand Dostoïevski ! Aux Frères Karamazov, qui est, à mes yeux, le plus grand chef-d’œuvre de la littérature ! Intriguée et un peu en colère, je suis allée faire un tour sur le site du Théâtre de l’Arc-en-Ciel. J’ai eu envie de voir s’ils n’avaient pas trop fait mal au Maître. J’y suis allée.

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BLOG EN PAUSE

J’ignore combien de temps. De toute façon, il n’était pas vraiment actif ces temps-ci.

Je ne sais donc pas quand je le reprendrai… si je le reprends. Idem pour Twitter.

Voilà voilà.

Histoire du costume au théâtre depuis les origines du théâtre en France jusqu’à nos jours, d’Adolphe Jullien

Ce cher Adolphe a fait un travail monumental.Comme je vous l’avais expliqué ici, j’ai fait mon TPE sur le costume au XVIIIe siècle (notre thème : « Représentations et réalités », LE thème parfait pour parler de l’art) ! Sujet, ma foi, fort intéressant (d’ailleurs si ça intéresse quelqu’un je peux mettre le fruit de notre travail ici) mais pour lequel, eh bien, il n’y a pas beaucoup de sources, du moins à notre petite échelle de lycéens. On a donc farfouillé à droite à gauche, demandé des conseils, et puis ce titre à rallonge, dans la bibliographie de cet ouvrage… direction Gallica, puis commande.

Pas très intéressant, pour l’instant, n’est-ce pas ? Sauf que voilà, à partir de cet instant, je ne l’ai plus lâché ! Nous avons fini par ne jurer que par lui. Moi qui avais quelques bases (merci la Comédie-Française), je ne savais plus où donner de la tête.

Ce livre se lit comme un roman, une épopée théâtrale au fil des siècles (restreints : l' »histoire du théâtre » selon Jullien commence à la toute fin du XVIe siècle – il y a quand même pas mal a redire là-dessus, mais passons – et l’ouvrage est publié en 1880).. La langue est très accessible, et le ton, étonnamment et à plusieurs reprises, humoristique. Cela n’empêche pas l’ouvrage d’être très sérieux, et particulièrement bien documenté si tant est que je puisse en juger (ce qui n’est pas le cas).

Aucune pédanterie, non plus, comme c’est le cas dans de trop nombreux livre de ce genre et de cette époque. Adolphe Jullien devient presque un intime ! Preuve en est que nous avons fini par l’appeler « Adolphe » entre nous, sans autre forme de cérémonie.

On peut regretter peut-être que les propos soient quelquefois un peu orientés (j’ai à plusieurs reprises eu l’impression qu’il tournait Lekain en ridicule, par exemple), mais ils sont toujours toujours d’une grande précision. Adolphe nous livre les bases biographiques (toujours discrètement, elles ne sont pas détachées du texte) de ceux dont il parle, sans jamais s’appesantir sur ce qui n’est pas important pour son livre.

D’ailleurs cela a été un travail de très longue haleine : dix ans, en tout, pour l’écrire, car comme Jullien le dit lui-même : « je ne pouvais, en effet, que l’abandonner entièrement ou le rendre très complet ». Et le résultat est là : ce livre est une mine d’or !

N.B. J’ai acheté la réimpression la moins chère disponible à ce moment-là (celle-ci), je ne vous la conseille pas ! Passez plutôt par Gallica, il n’y a que quelques euros en plus à débourser si vous souhaitez la version papier, et je doute qu’alors il vous manque des pages (oui, oui) ou que les gravures soient maltraitées.

 

Deux ans !

Contrairement à ma prédiction quelque peu pessimiste lors du premier anniversaire de ce blog, celui-ci a réussi à dépasser le « mur » du marathon internetesque. Pour ma plus grande joie ! Pour la vôtre aussi, je l’espère…

Comme vous avez pu le constater, le rythme de mise à jour s’est quelque peu essoufflé, mais ma bonne résolution pour cette nouvelle année, et j’essaierai de m’y tenir, sera de réellement parler de tous les spectacles que je vais voir, et de tous les livres et événements autour du théâtre sur lesquels je peux écrire. Promis.

Le Paradis reste un blog modeste dans ses proportions, avec sa chape de lecteurs fidèles, ce qui n’est pas pour me déplaire !

Je crains que ça ne se lise pas très bien…

Oui, merci infiniment à vous tous qui me suivez.

Continuons à proclamer partout notre amour du théâtre !

Ces articles que je n’ai pas écrits faute de temps

…et peut-être un peu, aussi, parce que je suis une feignasse.

Dommage qu’elle soit une putain, de John Ford, mise en scène de Declan Donnellan

Giovanni est follement amoureux d’Annabella ; c’est un amour irrésistible, paroxysmique. Sauf que voilà, la belle est… sa sœur. Jumelle. (Un peu narcissique, le Giovanni, peut-être ?) Celle-ci doit-être mariée mais cela ne les empêche pas de consommer leur amour réciproque… Et la jeune fille tombe enceinte.

Ford va ainsi bien plus loin que l’habituel thème de l’amour interdit, surtout pour le XVIIe. il fait preuve d’une audace que Declan Donnellan a bien comprise.La prise de parti esthétique est très particulière, et il est évident que gestes équivoques et violence explicite ont le seul but de choquer le spectateur, et c’est bien dommage. Il n’empêche qu’on se laisse emporter par cette espèce de flot rageur – aucun temps de répit, pour nous autres spectateurs – et les comédiens, très bons, s’associent à une mise en scène qui dépoussière brillamment le texte.

Par contre, s’il faut vous l’avouer, les nerfs sont mis à très, très rude épreuve. Et c’est plutôt plaisant. La première chose à laquelle on pense à la fin, c’est « quoi, déjà ? », preuve de la réussite du spectacle.

Un ennemi du peuple, de Henrik Ibsen, mise en scène de Thomas Ostermeier – COUP DE CŒUR !

Stockmann découvre que les eaux utilisées dans la station thermale de la ville sont contaminées. Il voudrait donc faire publier une analyse bactériologique et mettre aux normes les conduites d’eau. Sauf que voilà, la ville vit de cette station, et rénovation rimerait avec ruine. Seul contre tous, on tente de le faire passer pour l’ « ennemi du peuple »…

Bon. Que dire ? TOUT est réussi dans ce spectacle. Tout. C’est un véritable coup de cœur, pour ma part ! Il entièrement renouvelé ma vision de l’art théâtral, ça a été une révélation (un peu comme Bellorini). La notion de quatrième mur m’était familière à cause des cours au lycée, mais là j’ai vraiment senti sa présence, précisément parce qu’il est brisé. Au sens propre : le public est invité à participer, et c’est un débat particulièrement intéressant qui se met en place, et un exercice de virtuosité pour les acteurs qui se doivent d’improviser. Et la scénographie est géniale. Et la musique aussi. Et les comédiens aussi.

C’est un chef-d’œuvre. Le théâtre est, comme le dit le programme du TNP, est THE « endroit  où poser des questions », et ça, Ostermeier l’a bien compris.

Une petite douleur, de Harold Pinter, mise en scène de Marie-Louise Bischofberger

C’est l’été. Il fait beau, il fait chaud, les méchantes guêpes qui mordent se noient dans la confiture. Flora et Edward sont assis paisiblement à la table du petit déjeuner. Oui mais voilà : depuis des jours, un homme est posté au portail à l’arrière de la maison. Il est sensé être un vendeur d’allumettes mais ne vend rien. Sa présence obsède Edward. Lorsqu’il l’invite, l’homme ne prononce pas un mot. On ne sait pas qui c’est. Son silence par contre est idéal pour laisser libre cours à l’expression dans angoisses ou désirs les plus intimes chez le couple.

Je vais vous décevoir, je n’ai pas grand-chose à dire dessus. C’est intéressant, bien joué, sans vraiment plus. L’atmosphère de malaise vous prend momentanément à la gorge, mais voilà, c’est tout. Saluons tout de même Louis-do de Lencquesaing et Marie Vialle qui sont les Flora et Edward qu’il fallait. L’harmonie avec la mise en scène est là. Il n’en reste pas moins que c’est plaisant, mais pas extraordinaire.

La Mouette, d’Anton Tchekhov, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

J’aime beaucoup Manuel Lelièvre, dont le visage vous est peut-être familier, souvent cantonné à des seconds rôles qui ne lui vont pas forcément. Il est ici un Treplev très convaincant – même s’il a passé l’âge pour le rôle, cela s’en ressent.

Dans un décor enchanteur, les tensions amoureuses se nouent et se dénouent. C’est très intime, plein de douceur et de mélancolie. Du Tchekhov en somme. Mais du Tchekhov à la vie délicate, très intérieure. La mise en scène est fascinante : cela m’a fait l’impression d’une source, qui coule, limpide, mais que l’on ne peut attraper. C’est beau.

Fahrenheit 451, d’après Ray Bradbury, mise en scène de David Géry

Guy Montag est pompier. Dans la société où il vit, tout étant ignifugé, son rôle est de… brûler les livres. Car la population vit dans un abrutissement permanent, d’où il ne faut pas qu’elle sorte. Réfléchir serait trop risqué. Pourtant Montag, au contact de la jeune Clarisse, puis de Faber, ex-professeur, commence à être intrigué, à découvrir que d’autres relations sont possibles avec les proches, et que la lecture n’est peut-être pas si néfaste…

Ce spectacle est très intéressant. Globalement fidèle au texte, on peut cependant regretter qu’il tombe comme un soufflé : la course-poursuite haletante que nous promettait l’ambiance du début est écartée, et ne répond pas aux attentes du public. Une sorte d’arrière-goût d’inachevé. Aucun faux pas concernant la distribution. Excellent (est-il besoin de le dire ?) Simon Eine en Faber. Personnellement, j’ai bien aimé aussi Lucrèce Carmignac en Clarisse, très touchante. Surprenants effets pyrotechniques – je pense notamment au Limier : on ne le voit pas ; on voit ses flammes et c’est d’autant plus angoissant.

Le spectacle est très réussi bien que la fin ne tienne pas forcément les promesses du début. Aucune déception. C’est un travail de titan qui a été accompli ici, et un très bel hommage au feu Ray Bradbury.

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