Scènes de la vie d’acteur, de Denis Podalydès

19 avr

“Voici regroupées des chroniques écrites au fil du temps depuis maintenant une dizaine d’années. Si je les souhaite à peu près véritables, elles n’en sont pas moins romancées. [...] J’ai toujours écrit ces textes dans le désir, non d’affirmer quoi que ce soit, mais de décrire, dépeindre, raconter une vie ordinaire de comédien ordinaire. Je ne donne aucune connotation péjorative à ce mot, que je ne prends pas dans le sens de terne, moyen, médiocre, mais dans celui de coutumier, régulier, normal. La banalité en question m’est précieuse. [...] Plus exactement, sans porter le moindre jugement de valeur, sans jouer le désenchantement du comédien qui commence à en avoir beaucoup vu, je voudrais montrer l’ordinaire d’une vie que l’on a coutume de percevoir comme nécessairement et toujours extraordinaire. Et j’aimerais évidemment qu’on perçoive le caractère un peu, parfois, extraordinaire de cet ordinaire.”

Voici comment Denis Podalydès présente son livre. Tout est dit. Quelques chroniques écrites à l’impulsion, sans fil directeur si ce n’est qu’elles concernent son métier. Et c’en est passionnant. C’est un témoignage rare car plus complet que les autres. Il prend ici le temps de décrire son ressenti, contrairement à ce que l’on peut lire dans la plupart des interviews, le tout d’une plume très douce, qui semble glisser toute seule.

C’est un livre qui ne se lit pas d’un coup néanmoins. Je l’ai pour ma part lu chronique par chronique ; c’est un texte qui fait réfléchir. Si l’on se doit, à mon sens, de s’arrêter quelquefois, c’est par pudeur, pour respecter la vie de ce comédien qui s’expose. Je ne vous cache pas que j’ai parfois pleuré en le lisant, mais je m’en voudrais de dire ici pourquoi. Je vous encourage donc à le lire, c’est plus simple.

Mais si Denis Podalydès est parfois émouvant il est aussi parfois – je dis ici comme je l’ai ressenti – énervant. A plusieurs reprises il se rabaisse, c’est limite s’il ne dit pas qu’il joue mal. Certes je comprends que l’on puisse ne pas aimer son propre jeu, mais pour un comédien au sommet comme lui, je trouve cela hypocrite de le dire comme il le fait. C’est surtout qu’il ne pense pas à ses lecteurs et tous ceux qui rêveraient d’être comme lui… S’il n’est pas heureux, qu’il laisse sa place aux autres !

Dans ce livre, le sociétaire du Français s’évertue – et c’en est parfois lourd – à désacraliser le métier de comédien. Il a le droit de percevoir son quotidien comme routinier. Mais sait-il qu’ainsi il a créé un grand vide en moi, détruisant l’image extraordinaire de ce à quoi j’aspire ? Pour vous faire une idée, je me suis sentie comme un petit enfant qui apprend que le père Noël n’existe pas. Il a brisé mes rêves et je dois le dire… je lui en veux un peu. C’est parfaitement puéril, j’en ai conscience. Il n’empêche que.

Toujours est-il que c’est un témoignage précieux que je vous encourage très vivement à lire. Il permet de découvrir un milieu somme toute très mystérieux, et je dois vous dire que je l’ai déjà relu deux fois.

Diplomatie, de Cyril Gely, mise en scène de Stephan Meldegg

13 avr

Dans la nuit du 25 août 1944, Dietrich von Choltitz, éminent militaire allemand et gouverneur de Paris, s’apprête à raser la Ville Lumière de la carte, sur ordre du Führer. C’est alors qu’apparaît, comme arrivé de nulle part, le consul suédois Raoul Nordling, qui s’exclamera -presque joyeusement- : “Vous avez choisi la seule chambre qui ait un double fond !”. Mais le Suédois, s’il manie l’humour, s’est donné comme but d’empêcher la destruction de Paris. Commence alors une véritable joute oratoire entre les deux hommes, qui révèle une situation bien plus complexe qu’il n’y paraît…

Dans la salle, lumières et voix s’éteignent. La scène s’éclaire progressivement, dévoilant une pièce d’un gris austère devant les fenêtres de laquelle tombent des drapeaux nazis. Au même moment, une voix d’enfant entonne une chanson en allemand, une chanson glaçante, qui n’a rien de léger, qui fait froid dans le dos même pour ceux, comme moi, qui ne parlent pas un mot d’allemand. L’ambiance est plantée, et avec brio, il est vrai.

Tout est d’une effrayante efficacité dans cette pièce. Le texte est net, sans fioriture – parfait pour la pièce. On rit quelquefois, mais d’un rire jaune. Tout le monde sait que Paris sera sauvée, et pourtant le public observe une immobilité totale et silencieuse, comme par crainte de gêner les deux protagonistes et de causer la perte de la capitale. C’est grandiose. La tension est dans l’air, les nerfs sont à vifs – heureusement que la pièce ne dure qu’une heure quarante.

Rien à redire en ce qui concerne les acteurs, si ce n’est que Niels Arestrup a le léger défaut de mal articuler parfois, ce qui peut être gênant. Mais tous, y compris les trois comédiens interprétant trois jeunes militaires, vivent réellement leur personnage. Ils sont à la hauteur du texte, impossible de prétendre le contraire. C’est d’ailleurs aussi le cas de la mise en scène. On sent qu’il y a du travail mais sans côté forcé comme on le voit parfois. Tout paraît d’un naturel dérangeant. Trop dérangeant peut-être – je n’ai pas ressenti à la sortie l’enthousiasme de certaines pièces. Et pourtant, ce serait mérité.

Comme vous le comprenez, le temps passe tout seul, et on ne peut pas regretter de la voir. Cependant, je pense qu’elle nécessite un état d’esprit particulier, que sur le moment je n’avais (peut-être) pas…

Mon blog est désormais neutre en carbone.

12 avr

On le sait relativement peu, mais Internet, ça pollue. Et pas qu’un peu. Entre l’ordinateur lui-même, les boîtiers ADSL, les routeurs, les serveurs, la chaleur émise et inutilisée etc. l’empreinte énergétique est finalement importante et c’est bien dommage. Étant d’une nature assez “écolo” (désolée pour le jeu de mots, pas fait exprès…) j’ai donc décidé de participer à l’opération Blog zéro carbone initiée par Bonial. Le principe est très simple : un arbre est planté en France pour tout blog ou site participant à l’opération, afin de compenser les émissions de CO2 dudit blog ou site. Pour participer -et je vous y encourage vivement-, c’est très simple, il suffit d’écrire un article, de placer un logo sur son blog et de leur envoyer un mail. Cela se fait en cinq minutes et cela protège la planète, alors pourquoi s’en passer ?

Sept personnages, bande dessinée de Fred Duval et Florent Calvez

21 mar

Sept personnages de Molière, bel et bien vivants, enquêtent sur le décès du dramaturge qu’ils pensent mort empoisonné et non à cause de sa tuberculose. Ainsi Scapin, Agnès, Tartuffe, Alceste, Argan, Harpagon et Dom Juan, revenu d’entre les morts, sillonnent Paris à la recherche du coupable.

Le principe est original, l’histoire intéressante. Il y a du travail, cela se sent et il est facile de se laisser prendre par l’histoire. Cette plongée au XVIIe est maîtrisée, les éléments historiques comme fictifs s’emboîtent à merveille, pour le plus grand plaisir du lecteur. Ajoutez à cela un trait précis, sans fioritures, et quelques bonnes réparties (ainsi Alceste qui dit à Dom Juan : “Va te faire versifier chez Thomas Corneille !”) et vous obtenez une bande dessinée de qualité, très agréable.

Oui mais voilà. Le dessin, à force d’être précis, se fait dur et lassant par son manque total de caractère. L’intrigue est longue, bien trop longue à se mettre en place. De plus, il y a un écart dérangeant entre le contexte précis, impeccable que le scénariste s’évertue à mettre en place dès le début et les péripéties et autres détails rocambolesques qui parsèment l’histoire (la résurrection de Dom Juan, les combats sanglants relevant d’une BD plus d’aventure). On sent un effort de mettre à parti le tempérament bien déterminé de chaque personnage, mais un effort forcé qui cause donc des ratés : en toute sincérité, verriez-vous le malade imaginaire prendre une épée et partir à l’avant du combat, pratiquement certain de se faire transpercer ?

En définitive, ce qui aurait pu se révéler un hommage original à Molière tombe un peu à plat. On sent bien trop le côté commercial et c’est dommage. Agréable donc, mais pas indispensable non plus.

Lorenzaccio, de Musset, mise en scène de Claudia Stavisky

18 mar

  Autant Les Trois Sœurs m’avait laissée quelque peu sur ma faim, autant ici c’est enthousiaste que je suis sortie de la salle. Toujours en russe, toujours par la troupe du Maly Drama Théâtre, les deux spectacles sont néanmoins radicalement différents.

Lorsque la pièce a commencé, j’ai pressenti une catastrophe : en effet, et ce durant tout le spectacle, lorsque Danila Kozlovsky – Lorenzo – se trouve devant des membres de la cour, son ironie est surfaite, et cela ressemble plus à une méchante parodie qu’à autre chose. Je pense à présent que c’était voulu par la mise en scène, et c’est bien dommage, car tout le reste de son jeu était excellent : son euphorie sonne vrai, ses larmes sonnent vrai, tout en lui sonne vrai… Il porte le texte avec une persuasion incroyable, et c’est une véritable découverte que je ne suis pas prête d’oublier ! C’est d’ailleurs aussi le cas des autres comédiens, mais il reste le plus marquant.

Pour pallier au problème des changements de décor, la directrice des Célestins a fait au plus simple : il n’y en a pas, tout simplement ; juste des éléments qui situent l’espace et sont amenés au fur et à mesure. Tant mieux d’ailleurs, car ainsi, toute la place est faite au texte. D’ailleurs la mise en scène ne fait que le sublimer (même si l’on peut regretter, parfois, qu’il ait été coupé) tout en restant originale : ainsi, une fois mort, Alexandre de Médicis se retrouve pendu par les pieds, avec sous lui un Lorenzo exalté.

Ayant beaucoup souffert des longueurs dans Les Trois Sœurs, j’ai été ravie de l’absence totale de temps mort. C’est d’ailleurs un Lorenzaccio presque survitaminé qui nous est servi ici : on court, on glisse, on tente de monter sur la corbeille, on joue dans le public, on monte sur un sac de frappe… Juste assez pour rester en parfaite adéquation avec le texte et ne pas sombrer dans un Lorenzo trop hyperactif.

Il faut saluer le lien créé avec les spectateurs : toute la salle est la scène, et on est véritablement considéré comme des citoyens florentins. J’ai d’ailleurs eu la chance d’être extrêmement bien placée, juste derrière la rangée, à l’orchestre, qui a été enlevée pour permettre le passage et le jeu des comédiens, résultat : j’ai rarement été aussi entraînée dans une pièce et en levant à peine la main j’aurais pu toucher les comédiens – un lien exceptionnel.

Si le Maly Drama revenait à Lyon pour nous servir un spectacle de cette qualité, j’en serais enchantée ! Cela m’a aussi permis de connaître la mise en scène de Claudia Stavisky avec bonheur. J’ignore s’il y a une tournée en France, mais si c’est le cas, c’est à ne manquer sous aucun prétexte !

Les Trois Sœurs, d’Anton Tchekhov, mise en scène de Lev Dodine

11 mar

J’avais envie de tenter l’expérience dès que j’ai eu connaissance de la programmation aux Célestins. Une pièce russe en version originale, pourquoi pas ? Sauf que voilà. Je me suis rendue compte que décidément, le théâtre russe, je n’accroche pas. Je trouve ça très plat, singulièrement différent des théâtres français, anglais ou allemand.

Lev Dodine a eu comme idée de prolonger la scène dans l’orchestre, ainsi ils jouent au milieu des spectateurs et certains font leur entrée par la salle. C’est peut-être une bonne idée en soi, mais dès que l’on est placé un peu haut, on ne voit plus rien. Or je n’avais pas la chance d’être à l’orchestre ou à la corbeille, j’étais au balcon – et pas au premier rang. Résultat : j’ai dû voir à peu près la moitié de la pièce et sur dix-sept acteurs, j’ai l’impression de n’en avoir vu qu’une dizaine. Outre ceci, on passe plus de temps à lire les surtitres et à essayer de les associer aux personnages et à leurs intonations plutôt qu’à voir la pièce elle-même, c’est un peu dommage.

De plus, en russe, on n’arrive pas bien à se rendre compte de la prestation des acteurs… Cela dit le décalage fait un effet particulier, pas forcément désagréable… Même si la seconde partie paraît longue, très longue, pour cette raison.

A part ça, la mise en scène était peut-être intéressante… Pour tout vous dire, je n’en sais rien. Le décor est sobre – la façade d’une maison dans laquelle des ouvertures sont formées – mais je ne saisi pas la signification de bien des détails : par exemple, pourquoi est-ce que ladite façade avance ? Toute concentrée que j’étais sur le texte, je ne l’ai pas compris.

En fait, je pense que c’est une expérience à tenter, même si c’est un peu déprimant d’avoir une Russe à côté de soi qui, elle, comprend tout et s’esclaffe à tous les jeux de mots que le public français ne comprend pas. Et samedi 17, je remets ça avec cette fois Lorenzaccio !

Les Inconnus : Les oeils en coulisse

21 fév

En toute sincérité, je n’ai pas résisté à l’envie de vous faire partager ce sketch. Autant je ne suis pas une grande amatrice – et ce de quelque humoriste que ce soit, sauf exception – autant l’humour ici m’a plu Pour quelle raison ? Parce qu’ils ont su parfaitement observer des interviews de comédiens et la parodie est aussi drôle qu’elle sonne vrai (et parce que ce n’est pas un humour lourd). Regardez la partie sur la Comédie-Française ! On a presque l’impression de se trouver en face des vrais Comédiens-Français (notez les cigarettes, détail que j’ai souvent remarqué chez les “originaux”). Après, je n’apprécie que (très) moyennement les “extraits” de la “pièce” au Français, parce que qu’ils tournent véritablement au ridicule l’institution.  Enfin bref, je vous laisse découvrir cela par vous-mêmes :

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