Difficile d’exprimer l’admiration sans borne que j’ai pour cet homme ! Lui, né en 1962, a réussi, le 3 février 2008 très précisément, à me faire découvrir toute la splendeur du théâtre. Il jouait le rôle d’Alceste, dans Le Misanthrope de Molière. C’était la toute première fois que j’allais au théâtre – voir des professionnels, s’entend – et il m’a captivée par la justesse de son jeu ; il a porté la douleur de son personnage avec un tel talent que j’en avais la gorge nouée.
C’est un comédien exceptionnel (actuellement le meilleur que je connaisse) ; toujours juste, toujours fin, et qui associe l’exactitude du ton et un jeu physique impressionnant. Il est toujours parfait jusque dans les détails ; le moindre mouvement, le moindre regard vient toujours à point, le tout avec une aisance et un naturel incroyables. Il semble toujours parfaitement à l’aise avec son personnage, quel qu’il soit. Cet homme a un don immense ! Il faut le voir sur scène pour se rendre compte de tout cela.
Namurois, il est né le 20 novembre 1962. Rien ne le prédestinait a priori au théâtre ; il n’y allait jamais mais aimait comme tous les enfants jouer de petits spectacles… Après son bac, il entre à l’école des Beaux-Arts de Liège pour y devenir peintre. C’est vers cette époque qu’il rencontre des amis passionnés de théâtre qui l’entraînent jusqu’à l’Académie Théâtrale de Liège, mais comme un passe-temps plus qu’autre chose. A 19 ans, avec des amis, il monte Escurial, de Ghelderode – en invitant même la presse à venir les voir ! – mais quelque minutes avant le lever de rideau, terrassé par le trac, il s’évanouit… pour être réanimé par ses amis et poussé de force sur la scène. C’est à cet instant qu’il s’aperçoit qu’il ne pourrait vivre autrement.
Sa décision prise, il monte à Paris, déclarant même à son père que “dans deux ans, il serait à la Comédie-Française”, son “utopie d’adolescent” bien qu’il n’y ait jamais mis les pieds. Il tente alors le concours d’entrée de la classe libre du Cours Florent. Yves Gasc est un des membres du jury. Il le remarque instantanément : “Vous dites que vous n’avez pas de formation. Je ne vous crois pas”. Yves Gasc le présente alors à Jean-Luc Boutté, qui le prend pour faire de la figuration. Deux ans plus tard, Thierry Hancisse devient pensionnaire, puis sociétaire en 1993…
Ce qu’il y a de fabuleux chez lui, c’est l’aura qu’il dégage, et pas seulement sur scène ; c’est indescriptible et passionnant. Il a une manière de s’exprimer que peu de gens ont, comme si chacun des mots qu’il prononçait était pesé, sans oublier son regard, son sourire…
Une preuve de son ineffable talent ? Alors qu’il interprète, à l’Odéon, La vie est un songe de Calderón, l’histoire d’un petit garçon mort à cause d’une transfusion de sang contaminé, filmé jusqu’aux derniers instants par son père, émeut tout le pays. Or, Thierry Hancisse n’est pas satisfait de son travail sur la douleur de son personnage. Voyant une image dudit petit garçon, il en est si bouleversé qu’il se met à lui parler, à ressentir sa souffrance à travers lui… Et La vie est un songe est un succès. Plusieurs personnes ayant perdu un enfant sont venues lui dire l’apaisement qu’elles ont ressenti après la pièce… Alors que celle-ci ne parle absolument pas du décès d’un enfant.
Thierry Hancisse ne fait pas que du théâtre. Il joue aussi dans des films (je vous conseille plus que vivement La Régate, réalisé par son propre filleul), fait des doublages (Les Marches du pouvoir, Le Chat Potté), prête sa voix à des livres audio (et quel formidable narrateur !), chante, joue du piano, de l’accordéon, du saxophone, monte à cheval, fait de l’alpinisme…
Sa filmographie la plus complète disponible : IMDb
Compte-rendu de son Ecole d’Acteur du 14 mai 2012 : lien.








