BLOG EN PAUSE

J’ignore combien de temps. De toute façon, il n’était pas vraiment actif ces temps-ci.

Je ne sais donc pas quand je le reprendrai… si je le reprends. Idem pour Twitter.

Voilà voilà.

Histoire du costume au théâtre depuis les origines du théâtre en France jusqu’à nos jours, d’Adolphe Jullien

Ce cher Adolphe a fait un travail monumental.Comme je vous l’avais expliqué ici, j’ai fait mon TPE sur le costume au XVIIIe siècle (notre thème : « Représentations et réalités », LE thème parfait pour parler de l’art) ! Sujet, ma foi, fort intéressant (d’ailleurs si ça intéresse quelqu’un je peux mettre le fruit de notre travail ici) mais pour lequel, eh bien, il n’y a pas beaucoup de sources, du moins à notre petite échelle de lycéens. On a donc farfouillé à droite à gauche, demandé des conseils, et puis ce titre à rallonge, dans la bibliographie de cet ouvrage… direction Gallica, puis commande.

Pas très intéressant, pour l’instant, n’est-ce pas ? Sauf que voilà, à partir de cet instant, je ne l’ai plus lâché ! Nous avons fini par ne jurer que par lui. Moi qui avais quelques bases (merci la Comédie-Française), je ne savais plus où donner de la tête.

Ce livre se lit comme un roman, une épopée théâtrale au fil des siècles (restreints : l' »histoire du théâtre » selon Jullien commence à la toute fin du XVIe siècle – il y a quand même pas mal a redire là-dessus, mais passons – et l’ouvrage est publié en 1880).. La langue est très accessible, et le ton, étonnamment et à plusieurs reprises, humoristique. Cela n’empêche pas l’ouvrage d’être très sérieux, et particulièrement bien documenté si tant est que je puisse en juger (ce qui n’est pas le cas).

Aucune pédanterie, non plus, comme c’est le cas dans de trop nombreux livre de ce genre et de cette époque. Adolphe Jullien devient presque un intime ! Preuve en est que nous avons fini par l’appeler « Adolphe » entre nous, sans autre forme de cérémonie.

On peut regretter peut-être que les propos soient quelquefois un peu orientés (j’ai à plusieurs reprises eu l’impression qu’il tournait Lekain en ridicule, par exemple), mais ils sont toujours toujours d’une grande précision. Adolphe nous livre les bases biographiques (toujours discrètement, elles ne sont pas détachées du texte) de ceux dont il parle, sans jamais s’appesantir sur ce qui n’est pas important pour son livre.

D’ailleurs cela a été un travail de très longue haleine : dix ans, en tout, pour l’écrire, car comme Jullien le dit lui-même : « je ne pouvais, en effet, que l’abandonner entièrement ou le rendre très complet ». Et le résultat est là : ce livre est une mine d’or !

N.B. J’ai acheté la réimpression la moins chère disponible à ce moment-là (celle-ci), je ne vous la conseille pas ! Passez plutôt par Gallica, il n’y a que quelques euros en plus à débourser si vous souhaitez la version papier, et je doute qu’alors il vous manque des pages (oui, oui) ou que les gravures soient maltraitées.

 

Deux ans !

Contrairement à ma prédiction quelque peu pessimiste lors du premier anniversaire de ce blog, celui-ci a réussi à dépasser le « mur » du marathon internetesque. Pour ma plus grande joie ! Pour la vôtre aussi, je l’espère…

Comme vous avez pu le constater, le rythme de mise à jour s’est quelque peu essoufflé, mais ma bonne résolution pour cette nouvelle année, et j’essaierai de m’y tenir, sera de réellement parler de tous les spectacles que je vais voir, et de tous les livres et événements autour du théâtre sur lesquels je peux écrire. Promis.

Le Paradis reste un blog modeste dans ses proportions, avec sa chape de lecteurs fidèles, ce qui n’est pas pour me déplaire !

Je crains que ça ne se lise pas très bien…

Oui, merci infiniment à vous tous qui me suivez.

Continuons à proclamer partout notre amour du théâtre !

Ces articles que je n’ai pas écrits faute de temps

…et peut-être un peu, aussi, parce que je suis une feignasse.

Dommage qu’elle soit une putain, de John Ford, mise en scène de Declan Donnellan

Giovanni est follement amoureux d’Annabella ; c’est un amour irrésistible, paroxysmique. Sauf que voilà, la belle est… sa sœur. Jumelle. (Un peu narcissique, le Giovanni, peut-être ?) Celle-ci doit-être mariée mais cela ne les empêche pas de consommer leur amour réciproque… Et la jeune fille tombe enceinte.

Ford va ainsi bien plus loin que l’habituel thème de l’amour interdit, surtout pour le XVIIe. il fait preuve d’une audace que Declan Donnellan a bien comprise.La prise de parti esthétique est très particulière, et il est évident que gestes équivoques et violence explicite ont le seul but de choquer le spectateur, et c’est bien dommage. Il n’empêche qu’on se laisse emporter par cette espèce de flot rageur – aucun temps de répit, pour nous autres spectateurs – et les comédiens, très bons, s’associent à une mise en scène qui dépoussière brillamment le texte.

Par contre, s’il faut vous l’avouer, les nerfs sont mis à très, très rude épreuve. Et c’est plutôt plaisant. La première chose à laquelle on pense à la fin, c’est « quoi, déjà ? », preuve de la réussite du spectacle.

Un ennemi du peuple, de Henrik Ibsen, mise en scène de Thomas Ostermeier – COUP DE CŒUR !

Stockmann découvre que les eaux utilisées dans la station thermale de la ville sont contaminées. Il voudrait donc faire publier une analyse bactériologique et mettre aux normes les conduites d’eau. Sauf que voilà, la ville vit de cette station, et rénovation rimerait avec ruine. Seul contre tous, on tente de le faire passer pour l’ « ennemi du peuple »…

Bon. Que dire ? TOUT est réussi dans ce spectacle. Tout. C’est un véritable coup de cœur, pour ma part ! Il entièrement renouvelé ma vision de l’art théâtral, ça a été une révélation (un peu comme Bellorini). La notion de quatrième mur m’était familière à cause des cours au lycée, mais là j’ai vraiment senti sa présence, précisément parce qu’il est brisé. Au sens propre : le public est invité à participer, et c’est un débat particulièrement intéressant qui se met en place, et un exercice de virtuosité pour les acteurs qui se doivent d’improviser. Et la scénographie est géniale. Et la musique aussi. Et les comédiens aussi.

C’est un chef-d’œuvre. Le théâtre est, comme le dit le programme du TNP, est THE « endroit  où poser des questions », et ça, Ostermeier l’a bien compris.

Une petite douleur, de Harold Pinter, mise en scène de Marie-Louise Bischofberger

C’est l’été. Il fait beau, il fait chaud, les méchantes guêpes qui mordent se noient dans la confiture. Flora et Edward sont assis paisiblement à la table du petit déjeuner. Oui mais voilà : depuis des jours, un homme est posté au portail à l’arrière de la maison. Il est sensé être un vendeur d’allumettes mais ne vend rien. Sa présence obsède Edward. Lorsqu’il l’invite, l’homme ne prononce pas un mot. On ne sait pas qui c’est. Son silence par contre est idéal pour laisser libre cours à l’expression dans angoisses ou désirs les plus intimes chez le couple.

Je vais vous décevoir, je n’ai pas grand-chose à dire dessus. C’est intéressant, bien joué, sans vraiment plus. L’atmosphère de malaise vous prend momentanément à la gorge, mais voilà, c’est tout. Saluons tout de même Louis-do de Lencquesaing et Marie Vialle qui sont les Flora et Edward qu’il fallait. L’harmonie avec la mise en scène est là. Il n’en reste pas moins que c’est plaisant, mais pas extraordinaire.

La Mouette, d’Anton Tchekhov, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

J’aime beaucoup Manuel Lelièvre, dont le visage vous est peut-être familier, souvent cantonné à des seconds rôles qui ne lui vont pas forcément. Il est ici un Treplev très convaincant – même s’il a passé l’âge pour le rôle, cela s’en ressent.

Dans un décor enchanteur, les tensions amoureuses se nouent et se dénouent. C’est très intime, plein de douceur et de mélancolie. Du Tchekhov en somme. Mais du Tchekhov à la vie délicate, très intérieure. La mise en scène est fascinante : cela m’a fait l’impression d’une source, qui coule, limpide, mais que l’on ne peut attraper. C’est beau.

Fahrenheit 451, d’après Ray Bradbury, mise en scène de David Géry

Guy Montag est pompier. Dans la société où il vit, tout étant ignifugé, son rôle est de… brûler les livres. Car la population vit dans un abrutissement permanent, d’où il ne faut pas qu’elle sorte. Réfléchir serait trop risqué. Pourtant Montag, au contact de la jeune Clarisse, puis de Faber, ex-professeur, commence à être intrigué, à découvrir que d’autres relations sont possibles avec les proches, et que la lecture n’est peut-être pas si néfaste…

Ce spectacle est très intéressant. Globalement fidèle au texte, on peut cependant regretter qu’il tombe comme un soufflé : la course-poursuite haletante que nous promettait l’ambiance du début est écartée, et ne répond pas aux attentes du public. Une sorte d’arrière-goût d’inachevé. Aucun faux pas concernant la distribution. Excellent (est-il besoin de le dire ?) Simon Eine en Faber. Personnellement, j’ai bien aimé aussi Lucrèce Carmignac en Clarisse, très touchante. Surprenants effets pyrotechniques – je pense notamment au Limier : on ne le voit pas ; on voit ses flammes et c’est d’autant plus angoissant.

Le spectacle est très réussi bien que la fin ne tienne pas forcément les promesses du début. Aucune déception. C’est un travail de titan qui a été accompli ici, et un très bel hommage au feu Ray Bradbury.

Paroles Gelées, d’après Rabelais, mise en scène de Jean Bellorini

(Oui j’ai vu des pièces sur lesquelles je n’ai pas écrit, pas le temps, désolée… J’écrirai sûrement rapidement sur Un ennemi du peuple, m.e.s. d’Ostermeier, parce que quand même)

C’est beau même pour les yeux.

Pour ceux qui suivent ce blog, vous avez dû noter mon coup de foudre pour Tempête sous un crâne : la Compagnie Air de Lune (à suivre, je ne le répéterai jamais assez, à suivre ! l’un des comédiens, Camille de la Guillonnière, est particulièrement génial) nous avait régalés d’une adaptation inégale des Misérables, et ça m’a ouvert d’autres horizons en ce qui concerne le théâtre, ça avait été une véritable révélation (malgré les quelques défauts) !

Il semblerait que les grands textes ne fassent pas peur à Jean Bellorini, puisque c’est avec du Rabelais qu’il nous séduit aujourd’hui. Ce nouveau spectacle est constitué de textes découpés et extraits majoritairement du Quart Livre. Des textes que la compagnie s’est appropriés en extrayant l’essence même, mélange d’humour et d’universalité, afin de nous en offrir une version décoiffante d’énergie.

C’est en effet dans un voyage mouvementé que le public est embarqué : de l’estomac de Pantagruel à la Dive Bouteille, en passant par la guerre contre les Andouilles ou les moutons de Panurge. Tout est bon pour activer l’imagination du spectateur, et c’est alors que les comédiens, qui sont aussi danseurs et chanteurs, montrent l’étendue de leur talent. Lire la suite >>

Collaboration, de Ronald Harwood, mise en scène de Georges Werler

Je suis de retour ! pour vous jouer un mauvais tour (pardon) Et pas avec n’importe quelle pièce (d’ailleurs je reconnais que je n’ai pas fait d’article sur deux spectacles que j’ai vus, faute de temps) : Collaboration. Sûrement en avez-vous déjà entendu parler (ne serait-ce que parce que les représentations ont dues être arrêtées à cause d’un accident dont a été victime Didier Sandre). Ce n’est peut-être pas le spectacle de la décennie, mais il n’est tout de même pas à négliger. Dans l’ensemble, l’histoire m’a vaguement fait penser à Diplomatie.

Le rideau se lèvCollaboratione sur un Richard Strauss désespéré. Son librettiste favori n’est plus, et sans livret, pas de composition… Il se laisse finalement convaincre de faire appel à l’un des plus grands auteurs contemporains, Stefan Zweig. Commence entre les deux hommes une collaboration enthousiaste, mêlée d’une amitié sincère. Mais Zweig, juif, est dans le collimateur du régime nazi en place, et Strauss se voit contraint de collaborer pour sauver sa propre famille. Jusqu’à ce qu’on lui demande de supprimer le nom de Zweig de l’affiche de leur opéra…

Il y a une tension permanente inhérente au texte (faut-il trahir son âme pour sauver les siens ?), une résignation outrée, une lâcheté décriée, qui créent une dynamique étonnante à ce spectacle de mots, et non d’action.

Ajoutez à cela que ledit texte est servi par Michel Aumont en Strauss et Didier Sandre en Zweig – excusez du peu. Lire la suite >>

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